Opera Soppio, un périple en Patagonie











Images, actions et textes jouent avec la danse, emportant le spectateur pour un road-movie imaginaire en Patagonie et ainsi questionner grâce à la perplexité, à la candeur ou à la discrète perversité de ses héros, l'histoire naturelle et humaine d'un quasi-continent, mythiquement vierge, tragiquement violé, villégiature cocasse des brebis, des gauchos, des indiens et des touristes… 
Une création à l’humour acerbe, onirique et utopique.



Au Café de la Danse à Paris
Les 17,18 et 19 mars 2008


Une création de Marilén Iglesias-Breuker (concept, chorégraphie, mise en scène) en collaboration avec Luc Petton (Conseil artistique, caméra), Raul Pajaro Gomez (Plasticien), Horacio Cohen, Bruno Wagner (vidéastes) et Bernard Weber (écrivain).

Sur une création musicale de Alejandro Gonzalez Novoa, une mise en lumières de Stéphane Bordonaro et des costumes de Josepha Prada.

Recherche en studio et interprétation : Aurore Castan-Aïn, Damien Dreux, Marilén Iglesias-Breuker, Guillaume Lemasson et Katja Petrowick

Production : Icosaèdre en co-production avec CESARE et en partenariat avec le Centre Culturel Saint-Exupéry. Création soutenue par le Ministère de la Culture-DRAC de Champagne-Ardenne, le Conseil Régional de Champagne-Ardenne-ORCCA, le Conseil Général de la Marne, la Ville de Reims et l’ADAMI.

 

Opera Soppio par Anne de la Giraudière

A la croisée de la danse, du cabaret, de la vidéo et des arts plastiques, la chorégraphe Marilén Iglesias-Breuker embarque le spectateur dans un parcours onirique en Patagonie sous forme de voyage initiatique. Une création baroque à l'humour décapant, sous-tendue par de multiples questionnements...

Qu'on se le dise : Opéra Soppio est un spectacle singulier, atypique et hautement jubilatoire. Une oeuvre hybride qui se joue de l'espace et du temps. Une fiction flottant au creux d'un paysage, lacérée de discours, où la poésie de l'absurde rencontre les brûlures du passé et du présent. En combinant le texte, la danse, l'image et le son, Marilén Iglesias-Breuker invente une nouvelle forme de récit sur l'échiquier des formes et des pratiques contemporaines. Car les contributions rassemblées ici, plutôt que de baliser un domaine, d'en dessiner les contours sûrs, le traversent en forme de parcours libre, « comme un collage dadaïste et baroque dans le sens latino » souligne la chorégraphe. Faisant son miel de tout ce qui sert sa pensée, Marilén met la danse au coeur d'un propos : « A partir de l'histoire de la Patagonie d'où est originaire ma mère, j'ai voulu travailler sur la notion d'espace, de frontière et plus largement sur la question du destin des peuples premiers et de la civilisation, sur un ton à la fois onirique et ironique ».

Dont acte. Sur le plateau, une narratrice (Marilén Iglesias-Breuker dans une incroyable justesse de ton) relate nombre de faits réels, historiques ou géopolitiques qui ont marqué ce territoire. Une conférence tragi-comique totalement décalée, ponctuée par les actions théâtrales des quatre danseurs et un film d'animation mettant en scène les Doppiocos et les Ferropanicos, sorte de cousins loufoques des Shadocks. L'humour s'engouffre alors comme l'eau dans une brèche dans ce road movie imaginaire. Borges n'est pas loin, les Monty Python non plus. Dans cette simultanéité orchestrée, la danse trouve de nouveaux horizons. A l'instar des images captées en Patagonie où la chorégraphe évolue dans des paysages étrangement vides. Le corps devient un écran que l'on traverse, fantôme d'un lieu hors du temps. Le voyage est alors possible, la danse peut explorer des terres inconnues, prendre l'espace, débouler aux quatres coins dans un univers sonore inspiré de la musique traditionnelle des peuples de Patagonie, conçu par l'argentin Alejandro Gonzalez Novoa.

Au fil du récit, émerge une réflexion sur la marche, trajectoire chorégraphique par excellence. L'homme debout, l'homme qui marche, qui s'oriente, qui se positionne... Libre , la danse traduit une évolution « darwinienne » des états de corps avant d'aborder un registre plus abstrait. « Le deuxième acte relève davantage du domaine du sensible.Je me suis inspirée de la Croix du sud, de l'idée de frontière, de passages, pour m'interroger sur les rapports entre les corps et l'espace conçu comme un véritable partenaire » explique la chorégraphe. De fait, les corps s'imbriquent, s'emmêlent, s'abandonnent dans un quadrille contemporain où la fluidité du mouvement traduit la dualité des rapports de forces ou de tolérances. Dans ce périple chargé de sens, Marilén Iglesias-Breuker a eu le talent de savoir additionner les différents modes d'expression en les liant au sien, créant un langage original, la somme de la diversité.